mercredi 26 septembre 2012

"JEUX INTERDITS" (de René Clément, 1952)


En quelques mots : En 1940, alors que des milliers de civils se retrouvent sur les routes, les Allemands tuent dans leurs bombardements les parents et le chien de la petite Paulette. Désaxée, elle trouve refuge dans une ferme de la région, et rencontre Michel, de quelques années son aîné. Les deux enfants décident de créer un cimetière pour animaux et de voler des croix pour les tombes.

Et si Jeux interdits était surestimé ? Et si j'osais dire sur ce blog que je ne considère par un des films les plus connus de René Clément, un des films les plus populaires de son temps comme le chef d’œuvre annoncé ? Je vais m'y risquer ici, à mes risques et périls. Les temps troublés que nous connaissons ne prêtent pas à vouloir pratiquer l'insolence, sous peine de devenir une cible, mais gageons que le sûrement très influent fan-club de Jeux Interdits me laissera la vie sauve.

Bien entendu, loin de moi l'idée de classer ce film dans la catégorie "nanar" ou "navet". De très bonne facture, l'histoire a l'intérêt de montrer la guerre à travers le regard de deux enfants, et plus encore l'apprentissage de la religion catholique, si présente à cette époque, d'autant qu'elle accompagne les rituels liés à la mort. Cette dernière est bien présente dans le film, et constitue même la colonne vertébrale de tout le scénario : la mort des parents de Paulette, la mort de Georges, la mort des animaux.
La guerre n'est pas omniprésente à l'écran, mais en toile de fond - une des meilleures séquences du film est d'ailleurs la petite chanson que chante Brigitte Fossey en marchand et en pleurant aux côtés de Michel qui porte les croix.


Mais de récit initiatique, puisqu'il est question de l'apprentissage de la vie et de la découverte du monde par des enfants, Jeux interdits manque d'ambition, à l'ombre de ses thèmes forts (la mort, la guerre, l'orphelinat, la rigueur rurale). Tout reste assez convenu et, si l'ensemble se suit avec plaisir, difficile de retrouver la puissance d'un film comme Les contrebandiers de Moonfleet, tourné quelques années après, où un enfant fait l'apprentissage de la violence du monde qui l'entoure.

Les dernières images, j'imagine, sèment le trouble chez le spectateur : les plus ardents défenseurs y voient la marque du chef d’œuvre ; les plus dubitatifs dans mon genre trouvent ça bâclé,voire un peu facile - si j'osais, je dirais même un peu pompier. Reste un film habilement mis en scène par René Clément, dont je ne vais tout de même pas renier le savoir faire - la scène de la mort de Jacques Marin est d'ailleurs absolument remarquable, dans la manière de la filmer et de placer les personnages qui fait immédiatement penser à un tableau. L'écriture de Aurenche et Bost est aussi très appréciable.

Il est facile de comprendre le succès de ce film, assez émouvant, d'autant plus au sortir de la guerre. A voir les nombreux prix prestigieux récoltés, j'ai immédiatement penser à Marty, film américain avec Ernest Borgnine, de bonne facture lui aussi, qui récolta en son temps une (bien curieuse) moisson de récompenses. Peut-être suis-je trop désenchanté pour apprécier la simplicité de ces œuvres ?

3 commentaires:

Anonyme a dit…

qU' EST DEVENUE LA TRES JEUNE ACTRICE mICHELINE veroest DANS JEUX INTERDITS?

Jacquie a dit…

Bravo pour votre article, le net est assez pauvre sur ce film. L'histoire peut apparaitre assez pleurnicharde de nos jours. A l'époque de sa sortie on parlait encore de l'exode dans les familles et des deuils dus à la guerre. J'étais encore enfant à cette époque et ces conversations entre adultes me donnaient une vision de la vie assez noire. Ce que j'aime le plus dans ce film c'est la partie rêve et donc "jeux" qui permet à l'enfant de s'échapper de cette angoisse environnante. Le savoir faire de Robert Julliard directeur photographie rend bien cette "transformation-adaptation" des enfants.

richard arcouette a dit…

L'occasion de voir Georges Poujouly voix du petit prince de St-Exupery avec Gérard Philipe est extraordinaire et juste pour ça
C'est extra et de constater que ses enfants jouent juste même aussi jeunes ...plus La musique souvent cité pour ceux qui apprennent
La guitare ....cette excellente musique ....le noir et blanc marque une époque ...celle des contrastes pour les images ou le vieillot et c'est
Un privilège de remonter le temps ...et de pouvoir encore voir ce cinéma ...J'ADORE ! 3 août 2016 à 22H35 Richard Arcouette

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